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Archive for novembre 2014

L’évaluation évolutive facilite l’innovation

Par Ken Hoffman, membre de l’organisme One World Inc et mentor spécialisé en évaluation évolutive  

Nous sommes dans une période très intéressante parce que les gouvernements et les services sociaux réalisent aujourd’hui que les programmes conventionnels ne permettent plus forcément de répondre à des questions complexes comme l’itinérance et l’obésité infantile. Ils cherchent de nouveaux partenaires et des approches innovatrices pour explorer d’autres avenues, notamment en matière de financement. Ce type d’innovation nous oblige en revanche d’explorer des territoires parfois inconnus, puisque les outils conventionnels ne fonctionnent plus. C’est un peu comme être perdu dans une grande ville, avec une boussole, mais sans carte pour retrouver son chemin.

Les approches conventionnelles, l’évaluation de progrès et l’évaluation sommative, sont plutôt inutiles quand on ne comprend pas bien le problème et quand on n’a aucune idée des possibles. Les spécialistes de l’innovation sociale cherchent des approches qui permettent d’étudier en profondeur les enjeux complexes qui se présentent pour ensuite élaborer des solutions potentielles selon l’information recueillie. Michael Quinn Patton a créé l’évaluation évolutive pour ce genre de situation.

L’évaluation évolutive est une approche où l’on apprend tout au long de son cheminement plutôt que de se baser uniquement sur les notions de succès et d’échec. Cette approche s’adresse à tous les organismes ou groupes qui veulent approfondir leurs connaissances et innover. Il est important d’être ouvert d’esprit si l’on veut trouver de nouvelles perspectives, en plus d’essayer plusieurs approches pour trouver la bonne. Par ailleurs, il ne faut pas oublier que l’échec peut être une belle occasion d’apprentissage.

Jamie Gamble a défini les trois principales étapes de l’évaluation évolutive. Tout d’abord, on doit remettre en perspective l’enjeu qui se présente. Les intervenants doivent préciser comment ils comprennent la question. Dans un même groupe, plusieurs personnes peuvent chacune avoir leur définition de la situation en question. Différentes perspectives permettent d’avoir une vision plus tridimensionnelle. Le groupe doit présenter clairement toutes ses hypothèses pour ensuite les étudier en profondeur. Les intervenants sont par la suite en mesure de définir leurs objectifs et les conditions nécessaires pour les atteindre. Cette étape se nomme la théorie du changement, qui est un exercice qui permet à toutes les parties concernées d’indiquer leur vision de l’enjeu, ce qui permet d’établir collectivement une intervention ciblée.

Les intervenants doivent ensuite tester les solutions potentielles qui se présentent, de préférence à petite échelle pour tirer le maximum de profit du processus. L’évaluation évolutive est un processus où l’on apprend au fur et à mesure pour s’améliorer.

Enfin, on doit suivre l’évolution du processus d’innovation. De nombreux imprévus risquent de se présenter, d’où l’importance de tester ses hypothèses au fur et à mesure. L’évaluation évolutive permet également de mieux comprendre les enjeux concernés et définissant clairement pourquoi certaines décisions ont été prises à différentes étapes du processus. Cette information est particulièrement utile pour innover dans un nouveau domaine.

Voici quelques exemples où l’évaluation évolutive est un processus utile :

  • L’agence de services sociaux Eva’s Initiatives, qui travaille auprès de jeunes sans abri de Toronto a mis en place une initiative de mobilisation pour inviter les communautés à développer leurs propres stratégies pour surmonter l’itinérance chez les jeunes. Au Canada, peu de communautés sont dotées des compétences pour réellement résoudre le problème. Les responsables de cette initiative ont choisi de regrouper un petit nombre de communautés, puis de faire appel à un « coach » pour les aider à trouver l’expertise et le financement nécessaire. Les communautés ont également appris mutuellement au cours du processus en plus d’approfondir leurs compétences. Grâce à l’évaluation évolutive, l’agence a créé sa propre théorie du changement et elle s’est penchée sur l’expérience des participants pour déterminer l’efficacité du modèle.
  • L’obésité et le manque d’activité physique chez les jeunes posent un problème de santé majeur. PHE Canada est une organisation nationale fondée sur l’affiliation des membres qui travaille conjointement avec des professeurs d’éducation physique pour promouvoir la santé en milieu scolaire. Leur programme aide les établissements d’enseignement à transformer leur culture pour que la santé figure au cœur de toutes leurs activités. Ils ont créé un mouvement social fondé sur l’évaluation évolutive pour diffuser les initiatives de santé qui sont entreprises par les écoles canadiennes.

Dans les deux cas, l’évaluation évolutive est un outil qui permet aux organismes comme ceux-ci d’élaborer, tester et adopter de nouvelles approches pour surmonter des défis complexes qui se présentent.

ABC Life Literacy Canada collabore avec Innoweave

Jim Warrington, président du conseil d’administration d’ABC Life Literacy Canada, indique pourquoi il a choisi de travailler auprès d’Innoweave pour élaborer une théorie du changement dans le cadre du module Impact et clarté stratégique.

Lisa Watson a présenté la théorie du changement aux responsables d’ABC Life Literacy au parfait moment comme l’organisme commençait à réfléchir sérieusement à son avenir en terme de croissance. Le module Impact et clarté stratégique s’est présenté comme l’occasion idéale pour quatre raisons :

  • Le plan stratégique d’ABC en était à sa troisième et dernière année;
  • Le bailleur principal de fonds de l’organisme, le gouvernement fédéral a annoncé qu’il remplacerait le modèle de financement de base par un modèle de financement fondé sur les projets à partir du 1er juillet 2014);
  • Gillian Mason, qui a été nommé président de l’organisme grâce à son impressionnante expérience dans le domaine caritatif, connaissait déjà ce processus de planification;
  • Le conseil d’administration d’ABC voulait mettre à jour sa mission pour y intégrer plus d’objectifs mesurables selon leurs impacts dans le marché du travail.

Le processus nous a été très utile comme l’équipe de conception et le conseil d’administration ont collaboré étroitement pour mettre en place leur théorie du changement, avec le soutien de Lisa Watson et de la Fondation McConnell. Ils ont adapté les pratiques optimales et les principes du Bridgespan Group. Nous avons défini très rapidement nos objectifs en matière d’impact et de clarté stratégique, en plus d’un sommaire de nos activités que nous avons transmis à plusieurs intervenants, dont le gouvernement du Canada.

Avec une plus grande clarté stratégique, nous avons élaboré une stratégie de croissance durable, sans avoir à dépendre d’un financement de base du gouvernement. L’organisme a donc pu réfléchir à son identité et à l’impact de ses activités, dont l’objectif est d’accroître le taux d’alphabétisation au Canada dans les 10 prochaines années. Il est très important que nos partenaires, le conseil d’administration et les bénévoles soient tous sur la même longueur d’onde. On n’aurait pas forcément atteint ce stade aussi rapidement sans avoir élaboré une théorie du changement avec Lisa Watson.

Pour illustrer l’immense impact que le processus a eu, je pense à une réunion que nous avons organisée le 1er février 2014. C’était un samedi et nous avons rassemblé tous les employés principaux et tous les membres du conseil d’administration (sauf un) pour discuter de la théorie du changement. La discussion nous a permis d’éclairer ce que nous avions déjà mis en place et d’élaborer divers principes en matière d’impact. En 9 ans, je n’ai jamais vu autant de personnes s’investir dans un tel processus, surtout pendant une journée de congé.

Au fur et à mesure que nous transigeons vers un autre modèle de financement, nous apprenons à quel point le processus est important pour définir notre mission et garantir l’avenir de l’organisme. Je tiens à remercier la Fondation McConnell pour son soutien, grâce auquel nous avons atteint d’excellents résultats.

Au final, il s’agit d’apprendre à tirer le maximum de nos expériences grâce au processus d’apprentissage. Je vous remercie également de l’impact que notre participation au module aura sur la population canadienne.

Gillian Mason, présidente, ABC Life Literacy Canada, nous présente sa vision de la théorie du changement :  

Ce fut très enrichissant pour ABC de travailler auprès d’Innoweave à cette étape cruciale de notre cheminement pour mettre en place une théorie du changement avec l’aide de Lisa Watson et de Sally Fazal. Elles ont aidé les employés et le conseil d’administration à réfléchir à nos valeurs fondamentales et à notre vision à long terme. Nous savons maintenant comment exprimer très clairement notre identité, nos valeurs et notre mission aux éventuelles parties intéressées. Nous vivons aujourd’hui de grands changements qui ont un potentiel énorme pour ABC. Grâce à notre expérience avec Lisa et Sally, nous avons appris comment profiter des occasions qui se présentent. L’organisme grandit et se transforme très rapidement, mais grâce à la théorie du changement, nous ne perdons pas le cap de notre mission, soit d’accroître le taux d’alphabétisation chez les adultes au Canada.

Quelques commentaires sur notre expérience auprès d’Innoweave.

Par Jim Warrington, président du conseil d’administration d’ABC Life Literacy Canada.

Le nombre d’adultes sachant lire et compter diminue au Canada, mais certaines actions peuvent nous aider à inverser cette tendance :

  • Depuis 10 ans, les taux d’alphabétisme ont diminué considérablement : en 2003, nous étions au-dessus de la moyenne internationale, mais aujourd’hui nous sommes uniquement dans la moyenne;
  • Le pourcentage de Canadiens ne sachant pas lire ou compter adéquatement est effarant : 49% pour la lecture et 55% pour le calcul, ce qui signifie que près de 6 Canadiens sur 10 n’ont pas le niveau de compétence en lecture adéquat;
  • Dans une étude menée par l’OCDE en 2013, le Canada s’est classé onzième à l’échelle mondiale, derrière la République slovaque, l’Estonie et l’Australie;
  • Les jeunes Canadiens (16 à 24 ans) ont un niveau d’alphabétisme inférieur à celui de leurs homologues internationaux.

(OCDE, PEICA 2013)

Pour réussir en affaires, il est important de se doter de compétences essentielles

  • L’acquisition de compétences essentielles est notamment importante dans les cas suivants :
  • Transformation au sein de l’entreprise
  • Santé et sécurité
  • Problèmes relatifs à la production de rapports et gestion de document
  • Besoins en matière de communication, travail d’équipe et direction

(selon une étude menée par Advancing Workplace Learning, 2013)

  • Les compétences essentielles constituent le point de départ pour toute autre forme d’apprentissage : lecture de textes, usage de documents, rédaction, calcul, communication orale, informatique, analyse critique, travail en équipe et apprentissage continu
  • L’acquisition de compétences essentielles favorise grandement l’accès aux emplois bien rémunérés (rapport spécial de TD Economics, décembre 2013)